Publié par : imagazinefr | 20 avril 2008

Zimbabwe: dix morts depuis les élections, “une guerre en cours” selon l’opposition

L’opposition zimbabwéenne a accusé le régime du président Robert Mugabe d’être parti en “guerre” contre la population depuis les élections du 29 mars, évoquant dix morts, plus de 500 hospitalisés et quelque 400 de ses militants arrêtés.

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Tendai Biti, secrétaire général du parti d’opposition zimbabwéen MDC, le 20 avril 2008 à Johannesburg
© AFP Gianluigi Guercia

JOHANNESBURG (AFP) “Une guerre est en cours au Zimbabwe, menée par le régime de Mugabe contre la population. Le régime a laissé la violence se déchaîner contre son peuple”, a déclaré le secrétaire général du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Tendai Biti, lors d’une conférence de presse à Johannesburg.

“Dix personnes ont été tuées depuis le 29 mars. 3.000 familles ont été déplacées. Quelque 400 militants de l’opposition ont été arrêtés. Au moins 500 personnes ont été hospitalisées”, a-t-il énuméré.

“La situation est désespérée”, a-t-il ajouté, évoquant également “des centaines de maisons incendiées, de nombreux habitants en fuite et une volonté délibérée d’affamer la population”.

Les dix personnes tuées étaient des membres du MDC, a précisé à Harare le porte-parole du MDC Nelson Chamisa, fournissant les noms de quatre d’entre eux.

“Le MDC a été victime des attaques de la Zanu-PF (le parti au pouvoir du président Mugabe, ndlr), mais la police (…) et n’a pris aucune mesure contre les auteurs de ces actions violentes”, a ajouté M. Chamisa.

Trois semaines après le scrutin, le Zimbabwe attend dans un climat de tension extrême l’issue de la présidentielle entre, notamment, le président Mugabe, 84 ans et au pouvoir depuis 1980, et le chef du MDC, Morgan Tsvangirai, 56 ans.

L’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF) a reconnu implicitement la défaite du président Mugabe, indiquant qu’aucun candidat n’avait obtenu la majorité absolue. Mais elle s’est rangée en ordre de bataille derrière son chef en vue d’un second tour.

Le MDC, qui est convaincu d’avoir gagné la présidentielle au premier tour, accuse depuis plusieurs jours le régime de s’être lancé dans une campagne d’intimidation visant à forcer les électeurs à voter Mugabe au second tour.

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Me Alec Muchadehama, avocat du parti zimbabwéen d’opposition MDC, le 14 avril 2008 à Harare
© AFP/Archives Alexander Joe

Jusqu’à présent, le MDC n’avait fait état que de deux militants tués et des dizaines arrêtés. Un des meurtres a été reconnu par la police, qui a toutefois nié son caractère politique.

Les accusations du MDC ont été étayées la semaine dernière par une association de médecins zimbabwéens, qui a évoqué “157 victimes de violences politiques et de tortures” depuis le 29 mars.

L’ambassadeur des Etats-Unis au Zimbabwe, James McGee, a également dit avoir reçu “des informations confirmées de menaces, coups, enlèvements, maisons incendiées et même de meurtre”.

Samedi, l’association internationale de défense des droits de l’Homme, Human Rights Watch, a pour sa part dénoncé “des camps de torture” mis en place par le régime.

Dimanche matin, à Harare, l’avocat du MDC, Me Alec Muchadehama, a assuré qu’au moins 75 militants du parti, arrêtés dans le cadre du mouvement de grève visant à obtenir les résultats de la présidentielle, restaient en détention.

Ils ont été inculpés de “tentative de meurtre, de comportement perturbateur ou d’avoir causé des dommages à des propriétés”, a-t-il dit.

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Ouverture d’une urne lors du nouveau compte des voix des élections générales zimbabwéennes, le 19 avril 2008 à Harare
© AFP Desmond Kwande

Par ailleurs, le Zimbabwe était embourbé dans le nouveau comptage des suffrages du 29 mars, entamé la veille dans 23 des 210 circonscriptions du pays.

“Initialement, nous avions dit qu’il nous faudrait trois jours pour mener à bien cette opération, mais à cause de retards, nous pourrions aller au-delà”, a indiqué dimanche à l’AFP Utoile Silaigwana, adjointe au directeur de la commission électorale.

Le nouveau comptage, réclamé par le régime qui a invoqué des irrégularités, pourrait permettre à la Zanu-PF de récupérer sa majorité à la chambre des députés où elle n’a remporté que 97 sièges contre 109 au MDC.

“On est en plein cirque ! Nous n’allons pas accepter l’issue de ce processus frauduleux et criminel”, a commenté Nelson Chamisa.


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