Publié par : imagazinefr | 24 avril 2008

Zimbabwe: un mois après les élections, Mugabe semble à court d’options

Près d’un mois après son revers aux élections générales, le président zimbabwéen Robert Mugabe, 84 ans, qui tente à tout prix de prolonger un règne de 28 ans à le tête de son pays, semble à court d’options, selon plusieurs experts de la politique zimbabwéenne.

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Robert Mugabe le 18 avril 2008 à Harare
© AFP/Archives Alexander Joe

HARARE (AFP) - Si le nouveau comptage partiel ordonné après le scrutin du 29 mars lui a offert un répit – aucun résultat pour la présidentielle n’a encore été annoncé -, il pourrait bien ne pas changer fondamentalement la donne pour celui que les Zimbabwéens surnomment Mukuru (”le Vieux”, en langue shona).

“Il essaye désormais de trouver un moyen de s’en aller dignement mais ce ne sera pas facile”, estime Bill Saidi, analyste politique basé à Harare.

“Il espérait reprendre certains sièges gagnés par le MDC (Mouvement pour le changement démocratique, principal parti d’opposition qui a officiellement remporté les législatives), mais il semble que cela ne marche pas”.

Alors que le pression internationale s’accentue, les explications sur le retard dans l’annonce des résultats perdent chaque jour en crédibilité tandis que l’attention portée sur ces nouvelles opérations de comptage pourrait rendre plus difficile une fraude massive.

Preuve d’une valse hésitation au sein de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF, au pouvoir) concernant la stratégie post-électorale à adopter, la presse d’Etat a, fait rare, envoyé des messages contradictoires cette semaine.

Mercredi, un article suggérait la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale dans la mesure où “les récentes élections n’ont pas permis de désigner un gagnant dans la course présidentielle”.

Jeudi, un autre commentateur rejetait l’idée avec fermeté affirmant que “les différences entre les deux (MDC et Zanu-PF) sont trop importantes pour même envisager” de mettre en place un gouvernement d’unité nationale.

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Bio-portrait du président du Zimbabwe Robert Mugabe
© AFP/Archives Gil/Er

Si Mugabe est resté extrêmement discret sur les élections, son parti lui a renouvelé son soutien et affirmé qu’il se préparait à un second tour face au leader du MDC Morgan Tsvangirai, qui revendique la victoire.

Mais selon Jonathan Moyo, ancien tout-puissant ministre de l’Information entré en dissidence il y a quelques années, le vieux chef d’Etat n’a désormais plus aucune chance de l’emporter.

“Il n’est plus possible pour Mugabe de remporter quelque élection que ce soit”, a-t-il estimé lors d’un débat organisé mercredi soir à Johannesburg.

“Il est de plus en plus probable que s’il y a fraude, elle sera dirigée contre Mugabe”, a-t-il ironisé, soulignant l’impatience grandissante à travers le pays de voir le président quitter le pouvoir.

Circonstance aggravante pour Mugabe, ses alliés traditionnels au sein de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) sont moins prompts à lui apporter leur soutien.

Même si l’organisation, qui regroupe 14 pays d’Afrique australe, n’a pas émis de critiques frontales à l’égard du président le plus âgé du continent, ils ont invité Morgan Tsvangirai à s’exprimer lors de leur sommet extraordinaire sur le Zimbabwe et ont réclamé la publication des résultats électoraux dès que possible.

“Les membres de la SADC réalisent qu’ils ne peuvent continuer à soutenir Mugabe”, souligne Bill Saidi.

Selon Elizabeth Marunda, analyste politique, la seule porte de sortie pour le parti au pouvoir et son dirigeant est d’accepter de dialoguer avec le MDC. “Ils doivent se réunir et discuter (…) Ils doivent travailler ensemble pour le bien de ce pays”.

Même analyse pour Jonathan Moyo, aujourd’hui député indépendant. Selon lui, le processus électoral a été si bafoué et la tension dans le pays est telle qu’un second tour de l’élection présidentielle n’aurait aucun sens.

“Je ne pense pas qu’il serait cohérent de résoudre une impasse électorale par une autre élection”, a-t-il expliqué, plaidant pour un gouvernement de transition.


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