Un laconique communiqué final commis au terme de cette brève assise présidée par M. Louis Claude Nyassa, Pca du Cnic, annonce par ailleurs que, “l’intérim de la direction générale sera, sur hautes instructions du chef de l’Etat, assuré par le Directeur général adjoint du Cnic, Antoine Bikoro Alo’o.”.
Plusieurs fois annoncé et autant de fois démenti, le limogeage de M. Zacchaeus Forjindam de la tête du Cnic est donc effectif depuis hier. Il n’y a pas longtemps, en effet, la presse nationale citait avec une certaine insistance son nom dans les listes réelles ou supposées des cibles probables de l’opération dite Epervier et relative à la lutte engagée par le gouvernement camerounais contre les prédateurs de la fortune publique.
Enquêtes
Dans les milieux de la police judiciaire d’ailleurs, on laissait entendre que l’interpellation de M. Zacchaeus Forjindam n’était plus qu’une question d’heures. En fin décembre 2007, le désormais ex-DG du Cnic avait même été entendu une première fois par les responsables de la police judiciaire de Douala, sur demande, disait-on alors, du procureur de la République près le tribunal de grande instance (Tgi) du Wouri.
Les “écarts” constatés dans la gestion du Chantier naval par le commissaire aux comptes de la société et appuyés par le Contrôle supérieur de l’Etat, sont, précisait-on également, le principal socle sur lequel reposent les enquêtes préliminaires. On disait par ailleurs que les dirigeants de la Société nationale des hydrocarbures (Snh), principal actionnaire du Cnic, n’étaient plus en odeur de sainteté avec M. Zacchaeus Forjindam. D’où cet audit commandé dans la foulée, et qui aura confirmé, attestent diverses sources internes, “une gestion peu orthodoxe des fonds du Cnic”.
Aussi, la nomination en début d’année 2008, de M. Antoine Bikoro Alo’o comme Directeur général adjoint du Cnic, un poste jusque-là resté vacant, apparaissait-elle comme le démarrage de la mise en quarantaine effective de M. Zacchaeus Forjindam. Le DG adjoint, ancien Daf de la Snh, venait s’occuper spécialement de la gestion financière et comptable du Cnic certes ; mais, M. Antoine Bikoro Alo’o semblait davantage être venu là, pour remplacer le DG au cas où les ennuis judiciaires de ce dernier viendraient à se confirmer.
Et les faits, tels que vécus depuis hier à Douala, confortent cette thèse. Puisque, quelques heures seulement après la clôture des travaux du conseil d’administration du Cnic, qui ont débouché sur la désignation d’un DG intérimaire à la tête du Chantier naval, M. Zacchaeus Forjindam était déjà attendu, de l’aveu d’une source policière locale, à la délégation provinciale de la Pj du Littoral. La machine judiciaire, manifestement, va se mettre en branle…
Eugène Dipanda
Ambiance : Explosion de joie au Chantier naval
Les employés accueillent le nouveau Dg dans la liesse tandis que l’ancien passe sa première nuit à la police.
L’image est un peu singulière et même rare dans les cérémonies de départ ou d’arrivée des responsables à la tête des entreprises d’Etat et parapubliques. Après l’annonce du départ de Forjindam de la direction générale du Chantier naval et industriel du Cameroun (Cnic) à l’issue du conseil d’administration extraordinaire (le conseil était convoqué pour le 17 mai prochain) tenu hier, les employés de cette entreprise ont presque tous rappliqué au siège.
Les bureaux se sont vidés, la vie s’est brutalement arrêtée. Massés devant la direction générale, ils n’ont pas cessé de scander toutes sortes d’inimités à l’endroit du Directeur général sortant. Certains responsables de la société, considérés comme proches de ce dernier, sont aussi à leur tour chahutés au passage par les employés qui ont accouru des trois zones de travail que compte le Chantier naval dans la capitale économique.
” Liberté “, ” Dieu est enfin entré au Chantier naval “, autant de choses entendues hier. A chaque apparition du nouveau Directeur général par intérim, c’est la liesse totale. Antoine Bikoro Alo’o est même porté en triomphe par les employés qui ont tenu à faire le pied de grue dans la cour, question de ne pas rater, un seul instant, le départ de l’ancien Directeur général, resté entre temps à l’intérieur du bâtiment.
Employés
Même la tentative du nouveau Directeur général par intérim de ramener les employés au travail, rien n’est fait. Il aura fallu attendre 15 heures 28 minutes pour voir une voiture sortir de l’arrière, prenant tout le monde au dépourvu, et dans laquelle avait pris place l’ancien directeur général sortant, pour amener les employés à quitter les lieux. Des cris des employés ont accompagné la sortie de Forjindam. A bord du véhicule de l’ancien patron du Chantier naval qui a démarré en trombe, des policiers ont aussi pris place et l’ont directement conduit à la police judiciaire à Bonanjo.
Il sera rejoint quelques instants plus tard par le directeur des Ressources humaines du Chantier naval, Mme Rode Njoh, escortée par un policier. Selon des sources policières, l’ancien Directeur général du Chantier naval a passé sa première nuit dans les locaux de la police judiciaire et est dès lors mis à la disposition du Procureur de la République.
Pour l’instant, rien ne filtre de l’audition de Forjindam à la police judicaire. Toutefois, l’on sait que ce n’est pas la première fois que ce haut responsable passe devant les policiers à Douala. Il avait déjà été longuement entendu, il y a quelques mois.
Pour le Directeur général par intérim, Antoine Bikoro Alo’o, l’heure n’est pas au triomphalisme. ” Je préfère dire merci au chef de l’Etat par les actes “, a-t-il affirmé. “Une déclaration à l’heure actuelle risque de ressembler à quelque chose d’euphorique : je ne suis pas dans l’euphorie “, poursuit le Directeur général par intérim qui connaît ses priorités depuis qu’il a été désigné au poste de Directeur général adjoint. ” J’étais déjà en train de mettre ces priorités en place. Il s’agit notamment de l’organisation du contrôle interne qui permet de balayer de l’amont en aval les opérations de la société”, annonce t-il.
Lazare Kolyang