Posted by: imagazinefr | mai 9, 2008

Cameroun : Poursuite de la hausse des prix


Malgré les mesures prises début mars au Cameroun, au lendemain d’émeutes qui ont fait au moins 40 morts en marge d’un mouvement de protestation contre la cherté de la vie, les prix des denrées alimentaires n’ont pas baissé et ont même, pour certains produits, augmenté.

Nicole, une jeune restauratrice de Yaoundé, est formelle: Après une hausse de 39% entre septembre et février, le prix du riz a poursuivi cette tendance, en dépit de la suppression des taxes et droits de douane à l’importation ordonnée début mars par le président Paul Biya.

Cette mesure, qui concerne également les importations de poisson et de farine, aurait pourtant théoriquement dû entraîner une diminution de 40 francs CFA (0,06 euro) du coût du kilogramme de riz, devenu ces dernières années un aliment de base pour les ménages urbains.

Mais alors que le kilo oscillait début mars, selon la variété, entre 273 FCFA (0,41 euro) et 499 FCFA (0,76 euro), Nicole vient de débourser 585 FCFA (0,89 euro) pour le paquet acheté dans un supermarché. “Dans les marchés, il est encore plus cher pour une qualité inférieure”.

Pour faire face, “nous achetons depuis quelques mois une qualité de riz moins bonne mais moins chère”, confie un père de famille.

La hausse des prix est constatée par la plupart des consommateurs, mais aussi par les responsables gouvernementaux.

C’est “la structure” des chaînes de distribution, régies par la “débrouille”, qui a empêché jusqu’ici une bonne application des mesures gouvernementales, affirme le porte-parole du ministère du Commerce Alphonse Ateba Ndoumou.

“On peut trouver une vingtaine d’intermédiaires entre l’importateur de riz de Douala (la capitale économique) et le vendeur à Yaoundé”, explique-t-il. “Chacun se ménage une marge”. Selon lui, le coût du fret maritime, qui ne cesse de s’envoler avec la flambée du cours du pétrole, a aussi une incidence sur les prix des produits importés, dont il constitue 60%.

Du coup, la plupart des denrées, de la farine au poisson, continuent de grimper, relève Nicole. “Et quand le vendeur n’augmente pas son prix, il réduit la qualité et la taille du poisson”.

La suppression des taxes est une mesure “ponctuelle” d’urgence, reconnaît Alphonse Ateba Ndoumou. Elle est d’ailleurs critiquée par les meuniers camerounais, qui assurent que leur capacité de production de farine est supérieure à la demande: baisser le prix des farines importées est à leurs yeux synonyme de concurrence déloyale.

La solution à long terme passe par la relance de la production agricole du Cameroun, estime le responsable du ministère du Commerce, évoquant “plusieurs initiatives” pour lui donner un nouvel élan et relancer la riziculture et l’élevage.

Fin avril, le Premier ministre Ephraïm Inoni a annoncé la création d’un “fonds spécial” pour la production agropastorale. Le ministre de l’Agriculture Jean Kuete a de son côté promis des subventions pour l’achat de matériel agricole, le stockage et la transformation des produits.

Le chef du gouvernement a également demandé fin avril aux Camerounais de revoir leurs habitudes alimentaires “en privilégiant les denrées locales”.

Celles-ci, en raison notamment de l’ouverture des frontières douanières au cours des années 1990 et du manque de compétitivité de l’agriculture camerounaise, sont devenues plus chères que les produits importés, souvent subventionnés dans leur pays d’origine.

“Le riz, malgré les augmentations des derniers mois, reste moins cher que la banane plantain, pourtant cultivée au Cameroun”, remarque un père de famille.

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