Le président Bédié à coeur ouvert dans JA l’Intelligent : “J’ai 100% de chance d’être élu président”
A Paris depuis plusieurs jours où il a assisté à la remise du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, le président du PDCI-RDA reçoit, consulte et peaufine sa stratégie pour la reconquête du pouvoir suprême. Dans une interview accordée à Jeune Afrique l’Intelligent à sa résidence de Paris, le président Bédié parle de son retour au pouvoir et dresse un bilan sombre de la gestion du FPI de Laurent Gbagbo.
PDCI-RDA/Tournée du président Henri Konan Bedié dans la Vallée du Bandaman: l`apothéose
Samedi 30 août 2008. Stade municipal de Bouaké. Meeting de clôture du Président Henri Konan Bédié
Photographe : Prisca
De passage à Paris, début octobre pour assister à la remise du prix Houphouët-Boigny à l’UNESCO, vous avez reçu chez vous un certain nombre de personnalités françaises, dont Claude Guéant, le secrétaire général de l’Élysée. Que leur avez-vous dit à propos de la date de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire ?
Je leur ai raconté toutes les tribulations par lesquelles nous sommes passés pour en arriver à la date probable du 30 novembre. Probable, mais incertaine au vu de ce qui reste à accomplir dans le domaine de l’identification électorale. En réalité, j’ai bien peur que cette date ne soit pas tenue.
Le président Gbagbo a parlé du 15 décembre…
Cela n’engage que lui. Seule la Commission électorale indépendante est habilitée à proposer une nouvelle date. Ce qui importe dans le fond, c’est que toutes les conditions soient réunies pour un scrutin libre et transparent.
Il y a trois ans, lors d’un entretien à Jeune Afrique et alors que l’élection avait été une première fois fixée au 30 octobre 2005, vous aviez dit: Au-delà de cette date, Laurent Gbagbo sera un usurpateur …
C’est exact. Depuis cette date, le président Gbagbo n’est plus le président légitime de la Côte d’Ivoire, mais un président usurpateur. Si les Ivoiriens n’ont pas bougé depuis, c’est pour deux raisons. Parce que la communauté internationale a cru bon de proroger le mandat de M. GBAGBO en tant que chef de l’Etat et non en tant que président de la république. La nuance est importante pour une période de transition. Et parce que nos populations sont éprises de paix. Les Ivoiriens auraient eu quelques raisons de se soulever contre un homme qui continue de les diriger sans jouir d’aucune légitimité. Mais les Ivoiriens sont des gens pacifiques.
Vous-même, comment considérez-vous le président Gbagbo ?
Les accords de Ouagadougou, dont je suis signataire, m’obligent à le considérer comme le chef de l’Etat chargé de la transition. Mais beaucoup d’Ivoiriens ne le considèrent plus comme tel.
Le Premier ministre Guillaume Soro est formel. Toutes les garanties sont et seront prises pour assurer l’équité du scrutin. Est-ce aussi votre opinion?
Nous avons confiance en l’action que mène le Premier ministre. Il est sincère, de bonne foi et il fait ce qu’il peut. Malheureusement, il y a d’autres acteurs que lui sur la scène, qui n’ont peut-être pas des arrière-pensées aussi saines.
Vous engagez-vous à reconnaître le résultat du scrutin, quel qu’il soit ?
Si les élections sont honnêtes, transparentes et crédibles, alors oui, je m’y engage.
Avez-vous fait réaliser des sondages d’opinion préélectoraux ?
Est-ce bien nécessaire ? Vu le passif de ce régime – tueries, détournements colossaux, déchets toxiques, etc. – il est clair que Laurent Gbagbo et son parti ont échoué sur tous les plans et ne méritent plus de diriger la Côte d’Ivoire. Maintenant, ceux qui ont les moyens de commanditer des sondages peuvent toujours le faire.
Le vote sera-t-il avant tout ethnique?
Ce sera un vote démocratique dans lequel, puisque nous sommes en Afrique, l’appartenance communautaire des candidats jouera aussi un rôle.
Et votre socle communautaire à vous, ce sont les Akans….
Le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) n’est pas un parti akan. Il est présent partout sur le territoire, du Nord, du Sud, C’est le premier parti du pays. Son vote à lui n’obéira à aucun critère tribaliste ou ethnique.
Le PDCI n’est plus tout à fait uni derrière votre candidature. Certains de ses cadres sont allés rejoindre Laurent Gbagbo.
M. Gbagbo a effectivement tenté à plusieurs reprises de lancer une OPA sur le PDCI. En vain. La poignée d’anciens du parti qui ont rejoint son clan ne représente presque rien.
Contrairement à Gbagbo, vous n’êtes pas un homme de discours et de contact avec le peuple. N’est-ce pas un handicap?
Préférer l’action à la parole et les réalisations aux promesses est plutôt un avantage. Pour le reste, ce que vous dites n’est pas exact. Venez à mes meetings, venez à mes réunions, vous verrez.
Vous avez choisi de mener une campagne très offensive, comme Laurent Gbagbo. Par exemple, vous l’attaquez sur le montant du budget de souveraineté dont il dispose.
60 milliards de F CFA et personne, aucun bailleur de fonds n’objecte ! Moi, quand j’étais chef de l’État, je disposais de 15 milliards et les institutions financières internationales trouvaient que c’était trop, au point que pour l’année 2000, j’avais fait budgétiser 10 milliards. Sous Guéi, puis sous Gbagbo, cette somme a connu une inflation exorbitante,
Lors d’un meeting, fin août, vous avez stigmatisé le désastre causé à la nation par le régime Gbagbo. Vous n’y allez pas de main morte ?
Les déchets toxiques du Probo Koala, les charniers de Yopougon, le pillage de la filière café cacao : comment qualifier tout cela autrement que de désastreux ? Jamais en quarante ans, le PDCI n’a commis de réels crimes humains et économiques.
N’est-il pas un peu démagogique d’exploiter, comme vous le faites volontiers, la vie chère et la crise alimentaire pour critiquer le pouvoir? Après tout, c’est un phénomène mondial.
Écoutez, tous les pays affectés par cette crise n’ont pas, comme la Côte d’Ivoire, abandonné l’entretien des routes et des pistes, ni oublié leur devoir d’assistante aux paysans. Ce pays était autrefois le grenier de l’Afrique de l’Ouest et nul n’y mourait de malnutrition. Aujourd’hui, il n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut. Ni moi ni le PDCI n’avons besoin d’exploiter le mécontentement des Ivoiriens pour qu’il s’exprime. Pour toute réponse, les manifestants ont reçu des grenades lacrymogènes
En durcissant ainsi votre campagne, vous prenez le risque de susciter une escalade. Lorsqu’il a reçu, il y a deux mois, une délégation d’habitants de Vavoua, le président Gbagbo s’en est ainsi pris directement à votre gestion passée. Réponse du berger à la bergère?
Je ne m’en prends pas à lui personnellement, mais à son régime. Lui, il s’en prend à tout le monde, sauf à lui-même. Je crois qu’il devrait avoir l’humanité de reconnaître ses erreurs.
L’argent joue un rôle important dans la campagne. On dit que vous êtes celui qui, des trois principaux candidats, en distribue le moins. Est-ce exact?
Je ne connais pas la fortune des autres candidats. Ce que je sais par contre, c’est que M. Gbagbo et son parti se servent très largement des moyens de l’État pour mener leur propre campagne partisane. Budget de souveraineté, avions et hélicoptères de la République: tout est bon pour eux. Moi, je ne dispose pas d’un trésor de guerre. J’ai mes revenus personnels et les contributions des militants, lesquels viennent nombreux à chacun de mes meetings.
Pas d’aide extérieure ?
Non. Aucun chef d’État étranger, ni aucune société étrangère établie en cCôte d’Ivoire. Je n’en ai d’ailleurs pas besoin. Quand vous vendez un candidat tel que le président du PDCI, les cotisations ne manquent pas. Chacun me connaît et tout le monde connaît mon programme : Le progrès pour tous et le bonheur pour chacun et faire de la Côte d’Ivoire un pays industriel en l’espace d’une génération.
Il est vrai qu’on vous a tant de fois décrite comme milliardaire qu’on a du mal à croire que vous puissiez manquer de moyens.
Ah bon ? Après tout, dans ce genre de situation, il vaut mieux faire envie que pitié. Et puis c’est vrai le PDCI est un parti de milliardaires, des milliardaires en idées.
“Les anciens du PDCI qui ont rejoint Gbagbo ne représentent presque rien”
Qu’en est-il de l’accès aux médias publics d’information?
Pour nous, c’est sens interdit. Cela fait des années que nous nous battons pour que nos meetings ou nos déclarations bénéficient d’un minimum de retransmission en direct, ne serait-ce que quelques minutes. Or, nous avons droit à des résumés muets, avec un commentaire en voix off. Les médias publics, c’est la chasse gardée du FPI (Front populaire ivoirien).
Vous vivez cette élection comme une revanche sur le destin, comme la reprise obligée d’un mandat brusquement interrompu en décembre 1999, bref comme une affaire personnelle. Je me trompe?
Vous vous trompez. Ce n’est pas une revanche. J’ai été renversé par un putsch dix mois avant le terme de mon mandat, c’est vrai. Mais si le PDCI n’avait pas estimé que j’étais le mieux à même de défendre son programme électoral et si je n’étais pas en bonne condition physique pour cela, il ne m’aurait pas choisi pour être son candidat.
Tout de même, j’ai parfois le sentiment que neuf ans après votre départ, vous vous considérez toujours comme le chef d’État légitime et constitutionnel de la Côte d’Ivoire…
Après des coups d’État, comme celui du mois d’août dernier en Mauritanie,la communauté internationale exige systématiquement le retour à la légalité constitutionnelle, Si tel est le cas, je suis effectivement fondé à revendiquer la place de chef de l’État et de président de la Répub1ique, même sans élections.
Avez-vous changé?
Les années ont passé, avec leur lot d’expériences. Bédié a-t-il changé? Lisez son programme de gouvernement et son projet de société. Les jeunes, les femmes et les paysans y occupent une place centrale. Ce n’est ni le même Bédié ni un autre Bédié. C’est le Bédié qu’il faut à la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui.
Vous avez passé trente ans dans les arcanes du pouvoir, puis treize ans dans l’opposition. Difficile d’apparaitre comme un homme neuf.
L’important, c’est d’avoir des idées neuves et d’être en adéquation avec les nouvelles générations. Or, des idées, j’en ai. Et le PDCI, dont les cadres ont été sensiblement rajeunis, aussi.
Vous êtes engagé depuis trois ans dans une alliance électorale avec Alassane Ouattara, qui est lui aussi candidat. L’histoire de votre relation est à ce point complexe qu’on a plutôt l’impression d’être dans le compromis permanent. Et réversible.
Ce que lui et moi avons réalisé après des années d’incompréhensions est une alliance solide, qui permettra au mieux placé d’entre nous de bénéficier au second tour de toutes les voix de l’autre. C’est une alliance durable, respectée par les deux partis et soutenue par la population.
Un mariage qui n’aura pas de noce, disent vos adversaires.
Laurent Gbagbo extrapole à tort, à partir de sa propre expérience. Ce n’est pas parce qu’il a été mauvais époux lorsqu’il s’est allié avec M. Ouattara à l’époque du Front républicain que le PDCI sera infidèle comme il l’a été.
Il y a tout de même de quoi être un peu sceptique quand on regarde vos rapports avec Alassane Ouattara depuis le début des années 1990: jamais rompus certes, mais jamais sereins.
En réalité, nos divergences n’ont jamais été personnelles, mais politiques. Nous avons toujours fait en sorte de conserver des relations correctes. Il en va de même pour nos épouses.
Ouattara, c’est un allié pour vous? Un compagnon de route?
C’est un ami. Un jeune frère que j’ai connu à la fin des années 1970 quand j’étais à la Banque mondiale et que lui sortait de l’université du Maryland.
Êtes-vous sûr que votre accord pour le second tour sera compris et suivi par vos électeurs respectifs?
Absolument. Peut-être pas à 100 %, mais la majorité de nos militants et de nos électeurs sont des gens mûrs, rompus à la discipline démocratique. Alassane Ouattara et moi-même nous nous téléphonons régulièrement. Nous coordonnons nos campagnes et nous serons unis jusqu’au bout.
Et si vous vous retrouvez au second tour face à lui?
Les choses seront simples alors. Ce sera programme contre programme, idées contre idées. Un vrai débat démocratique.
Si vous êtes élu président, lui proposerez-vous d’être votre Premier ministre, avec de vrais pouvoirs ?
Une chose est sûre: il aura une place de choix.
Président de l’Assemblée nationale?
Nous en discuterons le moment venu.
Ouattara et vous, vous avez posé un mouchoir sur le passé, mais vous ne l’avez pas exorcisé. Ne craignez-vous pas de le voir resurgir ?
Il est déconseillé de remuer le couteau dans la plaie si on veut qu’elle cicatrise. Nous avons pratiqué le pardon des offenses, nous nous sommes réconciliés. La page de ce passé-là est tournée, définitivement.
Finalement vos relations avec Laurent Gbagbo sont un peu les mêmes qu’avec Alassane Ouattara, jamais sereines, jamais rompues.
A cette différence près que Laurent Gbagbo s’est toujours inscrit dans la contestation du PDCI et de son Chef. Je n’ai pas oublié qu’il a qualifié de salutaire le coup d’État de décembre 1999. J’imagine qu’après les tentatives de putsch que lui-même a subies, il apprécie mieux la portée de ses paroles.
Pourtant, pendant les trois ou quatre premières années de votre présidence, vos rapports semblaient fluides.
C’était une illusion d’optique. Je savais bien qu’il travaillait constamment en sous-main contre moi.
Néanmoins, vous vous tutoyez…
Simple tradition africaine. Etant le plus âgé, je le tutoie et je l’autorise à me tutoyer, mais ce n’est pas significatif.
Après votre retour d’exil, au moins jusqu’en 2004, on parlait presque d’un tandem Gbagbo-Bédié.
À tort. Laurent Gbagbo a toujours considéré le PDCI et son président comme son principal adversaire.
Donc, si vous êtes élu, pas question de l’avoir à vos côtés, de travailler avec lui.
Je ne vois pas très bien comment. Bien qu’il ne faille dire jamais.
Vous-vous téléphonez ? Vous-vous voyez ?
Nous nous téléphonons de temps à autre et nous nous rencontrons rarement.
Pensez-vous réellement que le président Gbagbo veuille aller aux élections ?
J’ai toujours eu un doute à ce sujet.
Pourquoi ?
Parce que je le connais,
N’existe-t-il pas au moins un accord minimal entre vous: celui de ne pas avoir recours à la violence ?
Le PDCI est le seul parti à n’avoir jamais eu recours à la violence et à ne l’avoir jamais prônée. Nous avons signé de multiples accords en ce sens. J’espère qu’ils seront respectés.
Avec Guillaume Soro par contre, tout baigne.
J’ai remercié le Premier ministre pour la bonne tenue dans ma tournée dans la Vallée du Bandama, en particulier à Bouaké, en août dernier. Les Forces nouvelles [ex-rébellion] ont escorté nos cortèges et sécurisé nos meetings. C’est un indice clair de sa bonne volonté démocratique.
Et puis, vous avez fumé le cigare ensemble à Ouagadougou…..
Ça, c’est anecdotique. En réalité, je n’ai jamais eu de problème avec Guillaume Soro. Il n’était pour rien dans le coup d’Etat de 1999.
Une bonne partie de vos discours de campagne est consacrée au bilan de vos six années de présidence. Vous mettez en valeur vos réalisations, mais jamais vos échecs. Un peu d’autocritique n’ajoute-t-il pas à votre crédibilité ?
Le PDCI sait faire son autocritique et il l’a faite. Mais en interne, pas sur la place publique. Pour le reste, je laisse aux autres la latitude de me critiquer, c’est leur affaire.
Alors, allons-y. Début 2000, on a beaucoup parlé de vos neuf comptes en banque en Suisse.
Cela n’a jamais été prouvé. Comme toujours en Afrique, quand on a été au pouvoir, on vous accuse de vous être enrichi indûment. Mais le procureur général de Genève, Bernard Bertossa a depuis signifié clairement qu’il n’y avait aucun compte à mon nom. Pour comprendre, il faut se resituer dans le contexte de l’époque: le général Guéï, qui recherchait désespérément des financements, s’était fait escroquer par des margouillats qui se prétendaient chasseur de biens mal acquis. Mais tout cela a fait pschitt(formule emprunté à chirac).
La Caistab, l’ancienne Caisse de stabilisation et de soutien des prix des produits agricoles c’était votre caisse noire?
Ridicule. Jamais personne n’a apporté la moindre preuve à ce sujet.
Idem pour la banque d’affaires SGI Hudson, qui était dirigée par l’un de vos fils?
Cela participe de la même vague d’accusations totalement infondées, Huit ans après, il n’en reste plus rien.
Et la société civile immobilière du Iffou, que vous avez vous-même fondée ?
C’est fou, c’est le cas de le dire. Démentiel, aller chez moi, à Daoukro, et vous verrez bien s’il existe une trace quelconque de la SGI du Iffou.
Daoukro, justement, on vous a critiqué pour avoir voulu faire de votre localité un Yamoussoukro bis.
Pas du tout. Tout ce que j’ai fait à Daoukro, c’est de construire un hôtel moyen de soixante chambres. L’hôtel de la Paix pour y abriter mes hôtes quand j’étais en villégiature.
Enfin il y a le reproche fondamental, auquel votre nom est associé aux yeux de l’opinion : l’Ivoirité. Reconnaissez vous à tout le moins que ce concept a donné lieu à des dérives xénophobes préjudiciables à l’équilibre de la Côte d’Ivoire?
Non. Si l’exploitation il y a eu, elle fut le fait de mes adversaires de mauvaise foi. On a voulu assimiler ce qui était une quête culturelle et identitaire à je ne sais quelle machination politique. Combien y a-t-il eu, jusqu’à mon départ fin 1999, d’incidents ou de papiers d’identité déchirés par 1es forces de l’ordre au nom de l’ivoirité ? Quatre ou cinq, pas plus. Par contre, ce que je constate aujourd’hui à travers le monde, c’est que tous les pays se battent pour mieux définir leur propre identité. Chez nous, le dévoiement politicien de cette idée pionnière qu’était l’ivoirité a été tel que c’est devenu un sujet tabou. Lisez les programmes des autres candidats. Il n’y est nulle part question de l’identité de la Côte d’Ivoire. Silence, on se tait. Voici donc un pays où il est interdit de parler de son identité nationale et culturelle de peur d’être aussitôt accusé de xénophobie. C’est aberrant.
Et vous, vous n’en parlez plus?
Ai-je le choix ? Je fais comme tout le monde le fait. Mais un jour viendra, je le sais, où les Ivoiriens voudront se reconnaître une identité. Ils ne peuvent pas rester comme cela, en apesanteur.
Difficile de croire qu’il n’y avait pas, derrière le concept de l’ivoirité, une volonté politique d’écarter votre adversaire de l’époque, Alassane Ouattara.
Faux, si tel était le cas, j’aurais fait de l’ivoirité une loi. Or, j’ai toujours écarté cette idée.
Le Démocrate, qui est l’organe de presse de votre parti, a publié en 1999 des éditoriaux d’une grande violence contre les étrangers vivant en Côte d’Ivoire. Les cautionnez-vous ?
Ces articles ne s’en prenaient pas à l’origine biologique des gens, ni leur nationalité, mais à leur identité. Et puis le PDCI est un parti démocratique, comme son nom l’identique, au sein duquel les militants et les intellectuels s’expriment librement sans que leur opinion reflète forcément la ligne du parti ou la pensée de ses dirigeants.
Il n’empêche, tout cela a contribué à faire naître un climat malsain dans la Côte d’Ivoire qui explique en partie le coup d’État dont vous avez été la victime.
Non. C’est aujourd’hui que le climat est malsain. Le pouvoir en place met systématiquement l’accent sur les communautés. On fait venir au palais présidentiel des délégations à forte coloration ethnique, qui en ressortent avec de l’argent puisé dans les fonds de souveraineté, L’ivoirité n’a jamais suscité ce genre de racket. On n’a jamais exigé de qui que ce soit un certificat d’ivoirité pour la bonne raison que cela n’existait pas.
Tout récemment, dans un discours, vous avez attribué le coup d’État du 24 décembre 1999 à des forces maléfiques. Pourriez-vous être précis ?
Je laisse à l’Histoire le soin de démêler cet écheveau. Une précision tout de même : la mode était alors en Afrique à l’alternance obligatoire, donc à l’effacement obligatoire des régimes en place sans même attendre les élections, de peur qu’elles n’infirment cette tendance. Les responsabilités de décembre 1999 sont donc à rechercher aussi à l’extérieur de la Côte d’Ivoire. Je n’en dis pas plus.
Etes-vous croyant ?
Oui.
Pratiquant ?
Oui, C’est pour cela que je n’ai pas une seule goutte de sang sur les mains. Et que je pardonne toujours.
Même à Laurent Dona Fologo, qui a voulu prendre votre place à la tête du PDCI et qui a depuis rallié le camp d’en face… ?
Dona Fologo vit paisiblement aux crochets de Laurent Gbagbo sans que nul ne l’inquiète. Il était Secrétaire général du PDCI, puis il a créé son propre parti, qu’il a aussitôt mis à la disposition de Gbagbo pour faire sa campagne. Saviez-vous qu’il n’a même pas encore été radié du PDCI? C’est dire si nous sommes tolérants…
Lui pense qu’il a “tenu la baraque” pendant votre exil en France. Et qu’on ne lui a pas renvoyer l’ascenseur. Il n’a pas vraiment tort…
Il a tenu la maison PDCI à titre intérimaire, contre vents et marées, c’est vrai. Mais c’est bien lui qui est venu à Paris me chercher, en me disant que tout le monde m’attendait au pays. Il a ajouté que si 20% des militants étaient encore hésitants, eh bien il se faisait fort de les convaincre, avant même mon retour, de la nécessité de se rallier à moi. Quelle n’a pas été ma surprise de voir, lorsque je suis rentré à Abidjan, le même Dona Fologo prendre la tête de ces 20% pour tenter de se faire élire à la présidence du parti. Au congrès, il a échoué.
Pendant vos vingt-deux mois d’exil à Paris, en 2000 et 2001, on vous a senti plusieurs fois découragé, prêt à laisser tomber. Après tout, c’est humain, non ?
C’est inexact. Quelques-uns de mes col1aborateurs ont pu être, un moment ou à un autre, atteints par le découragement, mais je leur répétais qu’en politique on ne choisit pas son heure et qu’il faut savoir être patient.
Certains vous ont-ils déçu?
Certainement. Une poignée de mes amis d’autrefois ne sont plus avec moi.
Vous êtes vous senti trahi?
Je n’irai pas jusque-là. Après tout, je n’étais engagé dans aucun projet funeste avec qui que ce soit. Et puis, je ne suis pas naïf : je sais bien que tout le monde n’a pas les moyens de mener une vie autonome et que la tentation d’aller à la soupe peut être parfois être vive. Encore une fois, j’ai pardonné à tous et chacun.
Vous avez depuis longtemps un surnom: le Sphinx. Le Sphinx de Daoukro. Cela vous convient ?
Je ne suis pas un personnage mythologique.
Mais vous êtes quelqu’un d’énigmatique, qui parle peu.
Je dis toujours: pas un mot de trop, mais un acte de plus. Si ç’est cela être le sphinx, alors pourquoi pas? Mais je ne pose pas de devinettes et, surtout, je ne dévore pas ceux qui répondent de travers ! (Rires).
Disons que vous n’êtes pas vraiment un homme de médias
Quand il apparaît nécessaire d’expliquer mon action, je me plie, aux médias. La preuve: je suis ici avec vous.
La presse africaine, ivoirienne en particulier, est-elle malade?
Compte tenu du fait que la presse, chez nous, n’est pas financièrement indépendante, la plupart des journalistes – pas tous, heureusement – peuvent être considérés comme malades.
Depuis quand fumez-vous le cigare?
Depuis le début des années 1960, quand j’étais ambassadeur aux Etats-Unis. Je fumais la cigarette et il y avait une grande campagne antitabac. On nous en conseillait alors de choisir entre la pipe et le cigare qui, assurait-on, ne posaient aucun problème de santé. J’ai donc opté pour le cigare, que je fume en dehors de mes heures de travail.
On a dit que vous fumiez des cigares marqués de vos initiales HKB…
Pure légende!
Aimez-vous l’argent?
Ce n’est pas le but de ma vie et de mes actions. L’argent ne fait pas le bonheur. Maintenant, c’est vrai que sans argent on ne vit pas heureux.
Et on ne fait pas de politique.
Exact. C’est le nerf de la politique.
Etes-vous un homme riche ?
Cela fait cinquante ans que j’occupe de hautes responsabilités, j’ai donc suffisamment d’économies pour vivre le restant de ma vie sans avoir à tendre la main. Je suis un fils de paysans. Etudiant, j’ai travaillé au tri postal à Paris, à côté du métro Vavin, puis j’ai été pion dans un lycée à Montmorillon. Je n’étais pas boursier et mon père n’avait pas de fortune. L’argent, je sais donc ce que c’est que d’en manquer et d’avoir à en gagner.
J’ai lu quelque part qu’à cette époque, dans les années 1950, vous aviez milité au sein de la mythique FEANF, la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France.
Oui. J’étais le représentant de l’académie de Poitier au sein de la direction. J’y ai côtoyé de grandes figures de l’anticolonialisme comme le Camerounais Osende Afana, qui sera assassiné au maquis quelques années plus tard, ou le Togolais Noé Kutuklui. Des Guinéens, des Sénégalais, des Maliens, tous de gauche, car nous étions à gauche par anticolonialisme.
Quel est votre statut actuel en Côte d’Ivoire?
Celui d’ancien président de la République, tel que défini par la Constitution.
Ce qui signifie: logement officiel, trois véhicules d’escorte. 8 millions de F CFA par mois et une sécurité rapprochée. C’est cela?
C’est cela.
A votre retour à Abidjan, votre sécurité était assurée par les Sud-Africains et les Casques bleus de l’Onuci. Et maintenant?
Par les forces nationales ivoiriennes et deux éléments de Onuci.
Qui a choisi les soldats ivoiriens?
On me les a affectés. Mais 1a plupart sont des anciens qui étaient à mon service quand j’étais chef de l’Etat, des militaires qui me sont proches.
Vous sentez-vous menacé?
Pas particulièrement.
Fin septembre, votre ville de Daoukro a été secouée par une mutinerie qui a duré deux jours. Avez-vous eu peur pour vos biens ?
Non des balles perdues ont percé quelques toits dans ma concession, sans plus. Les mutins se sont contentés de tirer. Ce qui m’inquiète, c’est la crise, le malaise dans lequel est plongée l’armé Ivoirienne depuis 1999. Quand les chefs donnent l’exemple de l’indiscipline en faisant un coup d’État, la troupe suit et ce n’est pas facile de lui réinculquer un esprit républicain.
Quelles sont vos relations avec le président Sarkozy?
Je ne l’ai pas encore rencontré depuis son élection. Nos rapports sont bons. Je le connais depuis longtemps, quand il travaillait aux côtés du président Chirac.
Jacques Chirac, c’était votre ami, mais aussi l’ennemi de Laurent Gbagbo. N’était-il pas salutaire que ce bras de fer prenne fin ?
Je ne veux pas entrer dans ce débat. C’est que la légende selon laquelle j’étais “l’homme de France” sous prétexte que Chirac était et demeure mon ami, n’a plus lieu d’être. Notez que cela n’a pas empêché Laurent Gbagbo, lorsqu’il a appris que je me rendais à Paris de prétendre que je demeure le candidat de l’Élysée.
Quand vous étiez en exil, quelles sont les personnalités qui ne vous ont pas laissé tomber ?
Jacques Chirac et Abdou Diouf, d’autres aussi mais surtout eux.
Vos relations avec Blaise Comparé?
Excellentes.
Omar Bongo Ondimba?
Un ami. Mais nous ne nous voyons pas souvent.
Abdoulaye wade?
Idem.
John Kufuor?
Idem.
Vous n’avez rien à leur demander?
Rien.
Même pas un coup de main financier pour votre campagne?
Jamais.
Que vous inspire le phénomène Barack Obama?
Deux souvenirs des années 1960, lorsque j’étais ambassadeur à Washington. Les restaurants, les bars et les hôtels où l’on me refusait l’entrée parce que j’étais noir. Et les obsèques de Martin Luther King auxquelles j’ai assisté. Quel chemin parcouru depuis! J’admire les États-Unis qui sont parvenus à faire une telle révolution.
Cette élection présidentielle ivoirienne, c’est le dernier combat de votre vie ?
Mon dernier combat politique, oui, je pense. Pour la suivante dans la mesure où j’ai 74 ans, mon ticket, comme on le dit, ne sera plus valable. Cela dit, tant qu’on a la force de servir… Regardez le président Wade!
Si vous êtes élu, vous vous rendrez au Palais, vous vous installerez dans le fauteuil présidentiel…
Un fauteuil qui a déjà été le mien !
Et vous vous direz: voici un endroit que je n’aurais jamais dû quitter!
Tout a fait. Surtout, je me dirais: par où commencer? Tout est à refaire dans ce pays: armée, école, santé, infrastructures. Tout est à reprendre à zéro, tant le gâchis a été vaste.
Par quoi commencerez-vous, alors ?
Par la paix.
A combien évaluez-vous vos chances d’être élu ?
Comme tous les candidats, je vous réponds 100 % car comme tous les candidats, je me présente pour gagner.
Pourquoi les Ivoiriens devraient-ils voter Bédié?
Parce qu’ils n’ont pas le droit de se tromper de combat de confier leurs voix à un candidat qui n’a su leur apporter ni la paix, ni la prospérité. Parce qu’ils doivent faire confiance à un homme qui n’a pas de sang sur les mains et qui a fait ses preuves: Henri Konan Bédié, le président du PDCI.
In JEUNE AFRIQUE No 2492 du 12 au.18 octobre 2008-10-12










la côte d’ivoire est un pays ou depuis que houphouet est mort tout le monde veut devenir surtout par tous les moyens, généralement les plus lugubres.
Hkb a eu la chance d’être dans les grâce d’houtphouet mais ce n’est pas de sa faute s’il a de la chance,cela rend Laurent gbagbo qui fait semblant de séduir les Baoulé alors qu’il a dans sa mémoire une forte jalousie des baoulé, un peu des Akan, beaucoups du pdci qui ne cesse de vouloir casser.
hkb a fait ses preuves même s’il faut avouer quelques ratées qui n’aurait pas dû être, mais à mon sens et je le pense de celui aussi des honnêtes, son mandat n’était pas négatif.
Laurent a passé a trqué le pdci de tous les mots, de toutes les tentatives, en nourrissant des pensées nocturnes, de haine et de jalousies surtout.
cela lui fait mal que les Akans, en particulier les Baoulé, pire les pdcistes, celui ne fait plaisir qu’un Baoulé (Akan) ait prononcé l’indépendance de la côte d’ivoire, ensuite son souhait serait d’effacer dans la mémoire des Ivoiriens voulant se faire passer pour les ABRAHAM LINCOLN mais parvenir à cette intention inavouée en se passant des plus nombreux qui sont encore ceux qui n’aiment”les baoulé” en majorité pdci.
véritable paradoxe de trois élement renfermant le “real gbagbpo”
*entre son intention d’aider la côte d’voire son pays qu’il aime, le faire entrant dans le conseil la tête haute….(noble)
*entre être riche comme les pdcistes et être capable de parler quand les autres parlent, en montrant aux “égyptiens” qu”aussi ont de la ressources…en un mot il crée un conflit de génération et de catégorie qui n’a pas lieu d’être (négatif)
*entre montrer qu’il est un homme exemplaire, bon sans reconnaître ces erreurs et prêt à passé tous les moyens pour protéger son pouvoir au détriment.
comment parvenir à tout cela de façon démocratique, quand on sait que la plupart des dioula voteront ado et qu’en plus des baoulés les plus nombreux,les autres Akans voteront Hkb, sans oublié que même à l’ouest il y a un peu de tout. en un mot comme en mille Gbagbo n’est pas un démocratique, il est animé de mauvaise un intentions basées sur la jalousie, l’aigreur, car il ne peut pas gagner les élections je mets dans le feu il ne pas car il est faire croire ce qu’il n’est pas il ment, il ne cherche jamais à unir mais à diviser:
pourquoi son compagnon se trouve dans la rébellion, parce qu’il ne peut pas gagner donc ce qu’il fait c’est de tenter de diviser le pdci, de retarder les élections afin de trouver plus de stratégies pour sa campagne en combinaison beau gestes et mensonge.
pour l’intention seul ne suffit pas pour diriger l côte d’ivoire mais mais la manière d’y accéder est très important de façon démocratique.
quand on est par capable de gagner par élection on ne passe par des arrangement et moi à partir de là tu es hors course, cela me chaut, ta vivacité, soyons juste.
si je mens alors vous verrez qu’il n’organisera pas les élections tant qu’il ne saura pas qu’il est favori en terme d’électorat. il va bien de remplir les poches et faire une élections ou il peut espérer gagner.
la côte d’ivoire est diviser en trois électorale ment, à l’ouest les krous 25% au nord30% au centre au sud et à l’est les Akans 43%, je précise que les baloués à eux-seul font 20% des Akan. l’heure est à la cohésion, il faut sorte de l’affront inutile, si on fait élection et que tu ne gagne pas ça fait quoi, ne soyez rattachez au pouvoir. allons au élection, une fois finie, ensemble reconstruisons la côte d’ivoire ensemble, avec amour et sans haine, arrêtons les dénigrement.
en 2000, il y a écartement, cette fois-ci tout le monde est candidat alors allons-y et après cela, le monde continue.
bravo! hkb car tu seras une fois de plus le président de côte d’ivoire.
marc kouassi
Par alias mackouassi le 14 mars 2009
à 18 06 12 0312