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30 août 2009

Sénégal : In mémoriam, la voix de la « Maison des Esclaves »

14 février 2009

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«Puissent les souffrances de cette île historique Et de cette Maison des esclaves Etre le ferment fécond des lendemains heureux et fraternels.»Joseph Boubacar Ndiaye

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès du «Sage de Gorée» en ce mois de février consacré á l’histoire des Noirs. (1922-2009)

Dr P. A & J. N
Dr Pierrette Herzberger-Fofana & Joseph Ndiaye

Né en 1922 à Rufisque, Joseph Boubacar Ndiaye a fait ses études primaires à Gorée, puis les a poursuivies à l’Ecole professionnelle Pinet-Laprade de Dakar. Il a débuté dans la vie active en travaillant comme compositeur-typographe. Appelé sous les drapeaux dans l’Armée française en 1943-1945, il a participé à la libération de la France avec la première armée française en prenant part à la Bataille du Mont-Cassin en tant que tirailleur sénégalais. Ancien combattant, il a servi dans la première Brigade de l’armée coloniale française des Chasseurs et Parachutistes au Moyen-Orient.

Il a accumulé les hommages de son pays natal: Officier de l’Ordre national du Lion, Chevalier de l’Ordre national du Mérite, et des distinctions à travers le monde: Croix de Guerre, «Docteur honoris causa» de l’université de Paris VIII en 2006.

Rachid Bouchareb en fera le personnage d’Alioune dans «Little Senegal» (2001). Saundra Sharp, cinéaste noire américaine lui fera jouer dans son long-métrage documentaire primé «The Healing Passage: Voices from the Water» (2005) son propre rôle. Il en est de même dans le film suisse de Pierre-Yves Borgeaud «Retour à Gorée» (2007)aux côtés de Youssou N’Dour.

Malgré tous ces honneurs, Joseph Ndiaye fera pudiquement état de sa précarité dans une interview. :

«Il est vrai que j’ai reçu tous les honneurs du monde, mais on ne nourrit pas sa famille avec des citations».

«Pa Jo Ndiaye» comme on l’appelait affectueusement a introduit Gorée dans la conscience collective mondiale en sillonnant de nombreux pays pour donner des conférences sur l’esclavage et l’histoire des Noirs.

Dans la préface de son ouvrage,* il lègue son testament à la postérité en ces termes :

img116_0007« Je souhaite ardemment que ce sanctuaire de Gorée subsiste et que la Maison des esclaves soit gardée jalousement par sa jeunesse. Ce livre a aussi pour but d’immortaliser mon combat pour la réhabilitation de l’Homme noir, qu’on a privé de ses droits d’être humain pendant plus de 300 ans de souffrance et de torture sans commune mesure. Mon combat se verra à travers ce livre mémoire que je souhaite éternel. » Joseph Ndiaye

Il explique aux enfants ce que signifie l’esclavage

«La capture des Africains, les marchés où on les vendait comme des animaux, les soutes pestilentielles des bateaux qui les emmenaient en Amérique et notamment aux Antilles, les plantations où ils travaillaient sous la menace du fouet, les récalcitrants ayant le jarret coupé… »

A mi-chemin entre l’Europe et l’Amérique, l’île de Gorée située à 3 kilomètres de Dakar,

Sénégal, fut de 1444 à 1848, un camp de concentration terrible pour les esclaves en partance pour le Nouveau Monde. L’Ile incarne pour les Noirs en général et plus particulièrement pour ceux de la Diaspora Afro-Américaine et Antillaise, un lieu de pèlerinage, où ils viennent se recueillir à la recherche de leurs racines. C’est l’un des sites historiques les plus importants du continent noir.

Joseph Ndiaye, le conservateur de la Maison des Esclaves (1964-2004) a contribué à la sauvegarde de la mémoire de l’esclavage, ce pan tragique de l’histoire, le crime le plus odieux, le plus ignoble et le plus grand génocide que l’humanité ait jamais commis.

De son timbre rauque, enflammé, il savait trouver les accents pour conter l’horreur, les supplices qu’enduraient ces hommes et ces femmes privés de liberté, enchaînés comme des bêtes de somme avant le grand voyage par la « Porte du Non Retour ». Au fil de son récit, Pa Jo Ndiaye plongeait son public dans l’enfer carcéral des captifs, des aïeux arrachés du continent africain.

« La somme de misères et de morts qu’avait produite la traite des Noirs, est au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. “Arrachés à leur sol natal, transportés dans un pays étranger, sans langue commune, avec une disproportion notable de sexe, répartis entre des maîtres au hasard des ventes, accablés de travail et sans autre instruction que la discipline et les coups, ces Noirs réduits à l’état d’individus égarés ne pouvaient reconstituer des familles“.

L’histoire prenait vie et les larmes de ses auditeurs coulaient à flots qu’ils soient des touristes étrangers, des Africains, des chefs d’Etat, ou des Noirs de la Diaspora en quête de leur identité. Personne ne demeurait insensible à cette page de l’histoire qu’il narrait avec une passion farouche. Il savait séduire et capter son auditoire par son verbe aux accents parfois lyriques. Durant un laps de temps, il ressuscitait les souffrances inimaginables, les crimes abominables, les exactions et sévices inouïs, les viols et les humiliations que les esclaves avaient subis dans ces sinistres lieux. Tous buvaient ses paroles quand il décrivait les diverses étapes de la Traite des Noirs jusqu’à l’esclavage. Lorsqu’il parlait, on croyait entendre s’élever les cris, les sanglots des esclaves parqués dans ces cachots lugubres. Un silence de mort régnait durant tout son exposé. Il parlait avec passion mais sans haine ou rancœur.

De son récit fusait un amour profond pour son île, marquée aux fers rouges par cette tragédie humaine.

Ses talents d’orateur hors pair ont fait frémir des milliers de touristes, des personnes de toutes races, de toutes couleurs, de toutes religions, des personnalités de la vie publique, politique, artistique ou religieuse.

En 1976, Michael Jackson a versé des larmes dans ce «sanctuaire».

En 1992, Le Pape Jean-Paul II a demandé pardon à l’Afrique à partir de ce haut–lieu. Il a évoqué:

« L’abominable crime de ceux qui ont réduit à l’esclavage des frères et des soeurs que l’Esprit destinait à la liberté […] depuis le point de départ de ce douloureux exode, nous implorons le pardon du Ciel.» (2)

Nelson Mandela s’est recueilli en silence devant la « Porte du Non retour». Pensait-il à sa période d’incarcération à Robben Island ? En 1998, Bill Clinton est demeuré pensif et lorsqu’en juillet 2003, les Goréens furent «parqués» au stade de foot afin que Georges Bush puisse visiter l’île. C’est d’une voix teintée d’une profonde émotion que Joseph Ndiaye nous avait fait part de son indignation. Gorée voyait sa « liberté confisquée» comme jadis.

Durant 40 ans, Joseph Ndiaye s’est dévoué corps et âme pour une cause noble: l’histoire de l’esclavage des Noirs déportés sur le nouveau continent. Toute sa vie, il s’est battu afin que la mémoire de la conscience collective ne sombre pas dans l’oubli et que la dignité humaine soit respectée. Il a protégé et défendu la  « Maison des esclaves.», qui grâce à son engagement a été restaurée en 1990 par l’UNESCO. Aujourd’hui elle est considérée patrimoine mondial.

Avec Tonton Jo, c’est un monument qui s’effondre, une institution qui disparaît, une voix qui sombre dans les flots de l’océan. Il a porté haut le flambeau de l’Histoire des Noirs. L’Afrique, la Diaspora, le Monde, hommes et femmes épris et pétris d’humanisme se souviendront de lui comme de la voix de Gorée.

Il a accompli sa mission revêtue d’une haute portée symbolique pour les générations futures. Pour avoir réalisé une œuvre si sublime avec autant de distinction, d’élégance et de passion, son souvenir demeurera ancré à jamais dans nos cœurs et nos esprits.

Personnellement, nous lui sommes reconnaissante de nous avoir autorisée à publier dans notre ouvrage, toutes ses citations qui tapissent son bureau.

Merci, Monsieur Ndiaye, pour la tâche que vous avez accomplie et les services inestimables que vous avez rendus à tous ceux qui ont pu découvrir ainsi le drame de l’esclavage.

Nous nous inclinons très respectueusement devant le gardien et protecteur de la «Maison des Esclaves.»

À ses enfants, à son épouse, à sa famille éplorée, nous adressons nos sincères condoléances. Nous partageons votre douleur.

À monsieur le Maire de Gorée, ses collaborateurs, les Goréens, la communauté layène et à tous ceux qui ont aimé, admiré et respecté Boubacar Joseph Ndiaye pour son sacerdoce, son sacrifice et son dévouement sans faille, qu’ils trouvent ici l’expression de notre profonde compassion.

Que le Tout – Puissant l’accueille en son paradis. Que la terre de Cambérène lui soit légère!

Dr. Pierrette Herzberger-Fofana

1 : Boubacar Joseph Ndiaye. Il fut un jour à Gorée, l’esclavage raconté à nos enfants

Paris:Lafon 2006.

3 : Boubacar Joseph Ndiaye .La maison des esclaves de Gorée. Dakar 1990

4 :Pierrette Herzberger-Fofana- «-La tragédie humaine de l’Ile de Gorée. » Erlangen 2003


Autriche : le leader populiste Jörg Haider meurt dans un accident de la route

11 octobre 2008


La carcasse de l’automobile de Jörg Haider, le 11 ocotbre 2008 à Lambichl, près de Klagenfurt © AFP Daniel Raunig

VIENNE

Le chef historique de l’extrême droite autrichienne et gouverneur de Carinthie, Jörg Haider, tribun connu pour ses positions populistes critiques sur l’immigration et l’Union européenne (UE), est mort samedi matin à l’âge de 58 ans dans un accident de la route.

Jörg Haider est décédé des suites de ses blessures après que sa voiture eut quitté la route, heurté un poteau et effectué plusieurs tonneaux alors qu’il rentrait chez lui près de Klagenfurt (sud de l’Autriche) aux premières heures du jour, selon la police.

Il est mort lors de son transfert à l’hopital, selon les premiers éléments de l’enquête. M. Haider conduisait “nettement plus vite” que les 70 km/h autorisés à l’endroit où s’est produit le drame, une zone semi-urbanisée, a indiqué le responsable de l’enquête, Ernst Friessnegger.

Quelques heures après l’annonce de son décès, les Carinthiens étaient nombreux à déposer des bouquets de fleurs devant les grilles du gouvernement régional à Klagenfurt.


Jörg Haider le 28 septembre 2008 à Klagenfurt (sud de l’Autriche)© AFP/Archives Daniel Raunig

Sur l’un des messages de sympathie accrochés aux bouquets, cité par l’agence APA, on pouvait lire: “cher Jörg on ne t’oubliera jamais, tu étais notre Lady Di. Un homme de coeur”.

D’autres messages faisaient la comparaison avec James Dean, acteur légendaire du cinéma américain mort dans un accident de voiture le 30 septembre 1955 aux Etats-Unis.

Jörg Haider a toujours soigné un look de vedette de cinéma et s’était fait photographier pendant la récente campagne électorale pour les législatives du 28 septembre sur une moto d’un club des Hell’s Angels autrichiens dans sa province.

Marié et père de deux filles, le venait de réussir à hisser son parti, l’Alliance pour l’avenir de l’Autriche (BZÖ), à la quatrième place de l’échiquier politique national lors des législatives.

L’ensemble de la classe politique autrichienne a fait part de sa consternation samedi en apprenant la mort de ce dirigeant controversé, gouverneur de Carinthie depuis 1999. Le président de la République Heinz Fischer a parlé de “tragédie humaine” et salué la mémoire d’”un homme politique de grand talent”, qui a su “susciter l’enthousiasme mais aussi de fermes critiques”.


Défrayant la chronique dans les années 1990 avec ses diatribes antisémites et pro-nazis, Jörg Haider a adopté lors de la dernière campagne un discours toujours aussi virulent mais essentiellement dirigé contre les privilèges et la corruption, pratiquée selon lui dans les hautes sphères à Vienne et Bruxelles.

Le BZÖ a ainsi contribué, aux côtés de son ex-parti FPÖ issu d’une formation d’anciens nazis et dont il a fait scission en 2005, à la forte poussée de l’extrême droite en Autriche au détriment des grands partis, sociaux-démocrates (SPÖ) et conservateurs (ÖVP).

Alors que la population de la petite république alpine, membre de l’UE depuis 1995, reste l’une des plus eurosceptiques, la campagne de Haider sur “l’intolérable perte de l’indépendance et de la liberté d’action” de Vienne au profit de Bruxelles a porté ses fruits.

Outre son attachement à un référendum sur toutes les grandes décisions européennes risquant d’influencer l’autonomie autrichienne, il a marqué des points avec ses discours peu ambigus sur l’immigration, avec son slogan “l’Autriche aux Autrichiens”.


Vendredi encore, le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) avait vivement condamné sa récente création en Carinthie d’un centre d’accueil de réfugiés considérés comme “délinquants” installé dans une localité isolée à 1.200 mètres dans les alpages.

A l’étranger, on se souvient surtout de l’épisode de 2000 lorsque l’Autriche fut mise au ban des nations européennes après l’entrée du parti de Haider dans une coalition gouvernementale avec les conservateurs de Wolfgang Schüssel.

Comme à l’époque, lorsqu’il était trop controversé pour entrer au gouvernement, Haider avait récemment annoncé qu’il ne briguerait pas de poste de ministre fédéral en cas de nouvelle coalition comprenant l’extrême droite.

Le chef des sociaux-démocrates, Werner Faymann, chargé de former le nouveau gouvernement, a catégoriquement exclu toute alliance avec l’extrême droite. Il a néanmoins rendu hommage samedi à Haider, “homme politique d’exception” dont la disparition le touchait “profondément”.